Prologue à la projection de "l'Assiette Sale"
Denis
Piningre, qui est de la région, est déjà connu et apprécié comme le
réalisateur d'Africascoop, un film remarquable, qui montre des
africains coopérer entre eux ans dans de petites entreprises pour sortir de
la misère. Ce passionnant message, fut humainement très ressenti et
partagé, lors d'une projection en particulier il y a deux ans à
Fontvieille. Cette fois-ci, Denis Piningre a écrit, filmé et réalisé
"l'assiette sale", en grande partie dans et autour de quelques
exploitations agricoles, ici, dans les Bouches du Rhône et également
dans les montagnes marocaines du Rif. Il participait en fin de
projection au forum . "C'est un film que j'ai fait moi-même et que
j'assume d'un bout à l'autre. C'est mon regard sur une réalité et la
manière dont il est fait et c'est aussi un film que j'ai voulu porteur
d'espoir." Quand il parle de sa réalisation, l'auteur précise que "les
télévisions n'ont pas voulu du projet, alors, j'ai fait appel à la
souscription à travers des réseaux syndicaux et associatifs." Un tiers
du budget provient de ces financements. Et pendant les deux années de
travail, cette coopération désirée l'a porté. "Enfin, ajoute-t-il, je
veux rendre hommage à toutes les personnes qui sont dans ce film."
 Quelques principales réactions dans la salle, puis à la sortie
Régis Lilamand,
agriculteur saint-rémois, élu vice-président de la chambre
d'agriculture des Bouches du Rhône, également présent, s'est exprimé
dans le forum. Il a regretté que les autres élus de Saint-Rémy à la
Chambre d'Agriculture n'aient pas été invités à cette projection à risque. Il a tiré son chapeau
aux Amap, cependant il a ajouté : "Il n'y a pas que cela! Les marchés
paysans, les magasin de vente des productions locales du COPPAS, les
ventes directes sur les exploitations, etc, permettent aux consommateurs
de trouver choix, qualité et garantie. Après la séance, il précisera :
"La vision donnée par le cinéaste est sa vision propre dans une vue
très dirigée. Cela a donc été positif qu'il y ait une discussion pour
relativiser les choses, prendre un certain recul face à l'écran. Par
contre,que va devenir ce film, s'il est montré sans la présence du
cinéaste ni suivi d'un tel échange de réflexions?". Car, le vice-président
s'inquiète de voir diffuser une vision si partielle, si peu maîtrisée de
notre agriculture territoriale. "La problématique du film s'est réduite
aux fruits et aux légumes, mais il y a aussi les céréales, l'élevage,
l'apiculture, la viticulture, l'oléïculture, etc... En fait, la culture bio et la culture
conventionnelle et raisonnée doivent se compléter actuellement et elles
ne sont pas opposées. Car à plus grande échelle , économiquement, les agriculteurs du département ne peuvent s'appuyer seulement un marché local de proximité dans le département.

Denis Piningre
a toujours cherché à tempérer le message du film, qui s'est déjà vu
targuer de "brut de décoffrage" par certains spectateurs lors d'une
précédentes sénces. "C'est un message de résistance. Le documentaire
n'est pas exhaustif. Bien sûr, d'autres lieux et d'autres exploitations
agricoles du département agissent avec respect et dignité envers les
saisonniers immigrés." Car certains faits évoqués, le conditions de
travail et de vie, l'exploitation des plus faibles, la pollution des
terres, les pertes et destructions économiques et environnementales,
sont dans ce film un véritable coup de poing d'alarme qunt à
l'agriculture locale. Les commentaires e la première partie sont lourds
et oppressants. Les points de vue ne sont pas toujours suffisamment
objectifs, au dire d'agriculteurs présents. Mais les "amapiens" qui
sont dans la salle vivent une expérience intéressante et savent la
faire partager, au-delà des limites d'une démonstration filmique. Cela
est trés important, car le rapport humain reste présent,
individuellement et collectivement, dans une échelle perceptible
(quelques dizaines d'individus, de familles).

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Les commentaires de Philippe Calot, le président de l'Amap "la Graniho"
"On avait dit que l'Amap, ce n'était pas que remplir son panier, et là,
on l'a vu, c'est aussi de la sociabilité et de la citoyenneté, à la
fois dans l'échange d'information et dans la pratique de vie. Le film a
amené en bon résultat un dialogue entre des tenants d'une agriculture
dite conventionnelle, des "amapiens", le public et l'auteur du film.
Heureusement, malgré la rudesse du document présenté, les
confrontations ont su éviter les pièges, et c'est le bon sens humain, et le désir d'apprendre les uns des autres qui a été privilégié."
Ce regard précieux, c'est parceque les gens ici se connaissent, se
sentent à l'aise dans ce cinéma, devenu un lieu de convivialité
saintrémois. Ils tentent de se respecter, s'apprécier et vive bien ensemble. Ce
forum leur a permis de s'exprimer sur des sujets qui touchent à l'essentiel. Si les
Amapiens de La Graniho sont constamment dans l'action, ils communiquent
et s'ouvrent également aux autres. Ainsi, depuis un an, l'Amap s'est
considérablement développée, a pris ses décisions et les a tenues. Et
chacun de ses membres s'est impliqué progressivement dans de nouveaux modes de
fonctionnement, plus naturels, plus solidaires.
 Jacques Poulet,
exploitant agricole et président du Syndicat des Exploitants Agricoles
de Saint-Rémy exprime dans le forum qui suit la projection : "Ce film
est un film de propagande. Son commentaire généralise des faits, sur un
ton partisan. Les exploitations ont des besoins économiques et des
besoins en main d'œuvre et elles y répondent selon la réglementation
actuellement en vigueur en France. Le film pose néanmoins de vraies
questions de production et de consommation. Si l'agriculture bio ouvre
et montre le chemin, d'autres agricultures sont encore très liées aux
modèles économiques en place." Après le forum, il donne encore son
impression : "J'ai appris fortuitement le passage de ce film qui met en
cause l'agriculture et son travail dans les Bouches du Rhône. A la
projection, j'ai vu que les images et leurs commentaires ne sont pas
innocents. Dans le dialodue qui a suivi, plusieurs agriculteurs
professionnels se sont exprimés, incarnant diverses façon de pratiquer
l'agriculture. On y retrouve tout un foisonnement de tentatives pour
améliorer l'agriculture. Ces voies multiples, l'agriculture bio, celle
en reconversion, et l'agriculture raisonnée échappent au film, qui est
peu nourri d'éléments différents. Pourtant, dans la réalité,
l'agriculture est multiple et son économie montre une grande complexité tant ici
que dans le Rif marocain."

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Le film montre que des problèmes
pernicieux et importants de relations, de travail, de santé et de
connaissance, touchent ce département, dans une mondialisation
incomprise, dans son agriculture et dans son équilibre. Ce sont, à mon
avis, surtout des problèmes dus à la malheureuse primauté des techniques par
rapport aux aspects humains - techniques d'habitat, techniques de
travail, techniques économiques, techniques agricoles, techniques
chimiques, technique naturelles, etc... - La connaissance de soi et le discernement jouent un grand rôle dans la résolution de ces problèmes. La réelle dimension humaine se situe bien au-delà des images. Elle est
dans l'expérience authentique. Même si un film peut être un déclic, son défaut,
c'est d'isoler les choses de leur contexte tel qu'il est vécu à un
instant et dans un environnement. Il est alors heureux qu'un dialogue
alimenté par la richesse de connaissance des participants présents,
des agriculteurs et de l'expérience vécue et diverse des "amapiens" ait
complété les données du film en seconde partie. Un accueil privilégié
dans une ambiance sympathique et positive, tel que ce premier forum
Cour-Circuit permet de grandes choses. Cependant qu'en sera-t-il si un
jour ce film se trouve sur internet, "consommé" sans cette
relativisation? Cela montre qu'une écologie mentale est tout aussi essentielle à réaliser que l'écologie physique et matérielle sur laquelle on insiste d'avantage désormais.
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